L’hiver impose au cheval des conditions particulières: froid, humidité, sols lourds, journées raccourcies… Pour y faire face, son organisme met en place différents mécanismes de compensation lui permettant de maintenir son équilibre et ses fonctions vitales. Ces adaptations sont normales et nécessaires, mais lorsqu’elles se prolongent ou s’accumulent, elles sont le signe de mal-être et doivent être prises en charge afin de soulager le cheval.

Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif. Elles ne constituent pas un diagnostic et ne remplacent en aucun cas l’avis ou la prise en charge d’un vétérinaire.

Le fonctionnement du corps du cheval en hiver

En hiver, le corps du cheval entre dans une logique de priorité vitale. Son organisme modifie ses priorités afin de maintenir l’équilibre interne face à des contraintes environnementales prolongées.

Le rôle central de la thermorégulation

La thermorégulation est l’ensemble des mécanismes biologiques qui permettent de maintenir la température interne du cheval.
Son objectif prioritaire est donc de maintenir une température corporelle stable autour de 37.5-38,5° malgré le froid.

Dans ce processus nous retrouvons la thermogénèse; elle concerne l’ensemble des processus physiologiques par lesquels l’organisme produit de la chaleur.
Ses rôles sont:

  • d’augmenter le métabolisme basal (dépense énergétique minimale permettant d’assurer les fonctions vitales)
  • produire de la chaleur via la digestion des fibres
  • permettre la mobilisation accrue des réserves énergétiques

Le cheval brûle de l’énergie simplement pour rester à température.

Ce processus inclus également la réduction des pertes de chaleur. On retrouve la vasoconstriction des vaisseaux périphériques, c’est à dire la diminution du diamètre des vaisseaux sanguins présents à la périphérie du corps, comme la peau, mais aussi la diminution du flux sanguin vers les extrémités comme les oreilles ou les membres.

Les grandes compensations observables en hiver

Ces mécanismes d’adaptation, bien que nécessaires, sollicitent fortement l’organisme. Ces compensations sont normales, surtout lors d’épisodes de grand froid ou de pluies, mais doivent rester temporaires. Si les symptômes persistent sur la durée, c’est un signe de mal-être: le corps a du mal à se réguler et il faudrait dans ce cas-ci trouver une solution pour reposer l’animal, afin qu’il ne compense plus sur du long terme. Des compensations trop importantes créent du mal-être pour le cheval qui engendre des déséquilibres sur le long terme, voir même des soucis de santé.

Les compensations corporelles

En hiver, le corps du cheval ajuste sa posture et son tonus musculaire pour conserver chaleur et énergie.

Les signes à observer:

  • dos raide ou moins souple
  • muscles tendus même au repos
  • ventre contracté ou plat
  • mouvements courts et économes
  • posture « tenue »

Point spécifique: les tremblements
Les tremblements sont une réaction normale au froid et permettent de stimuler la croissance du poil d’hiver ainsi que de réchauffer les muscles. Ils doivent rester brefs et intermittents. Si les tremblements persistent ou deviennent excessifs; il est indispensable d’agir pour le bien-être du cheval.

Compensations liées à l’environnement

La boue et les sols humides obligent le cheval à ajuster sa locomotion et son énergie.
Les signes à observer:

  • déplacements limités ou plus courts
  • difficulté à se déplacer dans la boue
  • ne monte plus dans les allures si son lieu de vie est glissant ou boueux
  • encolure basse pour plus de stabilité lors des déplacements
  • économie d’effort
  • limitation des mouvements spontanés

Si le cheval devient constamment statique ou refuse de se déplacer: c’est le signe d’un mal-être hivernal, il est important d’agir en conséquence.

Compensations comportementales

Les changements corporels et énergétiques influencent également le comportement.
Les signes à obersver:

  • baisse d’expressivité
  • attention fixée sur la nourriture, cheval moins disponible et plus souvent au râtelier
  • réactions plus lentes ou plus vives
  • limitation de comportements coûteux en énergie

Si ces signaux s’installent dans le temps, il faudra trouver la cause exacte de ce mal-être afin de trouver une solution durable.

Adaptations cutanées et podales

La peau et les pieds jouent un rôle clé dans la protection hivernale.
Les signes à observer:

  • Peau qui s’épaissit, devient plus dure
  • production de sébum pour limiter les agressions
  • périople gonflé, concave, effrité, blanc: il s’adapte pour contrôler l’exposition à la boue et l’humidité et maintient l’élasticité des pieds

En cas de doute ou de symptôme anormal, il primordial de contacter un vétérinaire ou un maréchal-ferrant.

Le rôle des poils

Le cycle du poil d’hiver débute dès la fin de l’été grâce au photopériodisme: il s’agit du réglage biologique du cheval basé sur la durée du jour et de la nuit. Dès que les journées commencent à ralentir, le photopériodisme déclenche le cycle de pousse du poil d’hiver afin de faire face aux premières nuits plus froides.
Pour le début le poil produit une fine couche, permettant au cheval de ne pas avoir trop chaud en journée. Puis un second élément déclenche cette pousse de poil: le froid. En fonction du froid et de la réaction du cheval face à cette exposition, celui-ci va augmenter sa densité. Ce sont donc la lumière et la réaction du corps du cheval qui vont faire varier la couche de poils. Si le cheval se met à trembler, cela va déclencher un surplus de protection car le cheval aurait atteint son seuil de « froid » et ne sera pas capable de le supporter avec sa couche de poils actuelle.

Le cheval possède deux types de poils:

Les poils longs appelés poils de jarre: ils sont visibles en surface, plus longs, plus rigides et plus brillants. Ils servent à protéger de la pluie et du vent, faire ruisseler l’eau pour l’évacuer et créent une première barrière contre le froid. Lorsque tout est optimal, l’eau perle et ne pénètre pas jusqu’à la peau.

Les poils courts, denses et laineux appelés sous-poil: ils sont plus courts, plus fins, très nombreux et denses. Ils permettent l’isolation thermique, l’emprisonnement de l’air chaud près de la peau et la régulation de la température corporelle. C’est cette densité qui donne l’aspect « gonflé » au poil d’hiver.

Le système fonctionne ainsi: les poils longs se redressent, il s’agit de la piloérection, ils créent une première protection contre l’air froid, le sous-poil garde l’air chaud contre le corps et l’ensemble forme une isolation naturelle dynamique. C’est pour cette raison que le cheval peut être mouillé en surface mais être complètement sec et chaud en dessous.

Il est donc très important de ne pas brosser un cheval mouillé: les dents de la brosse vont séparer ces couches de poils et faire pénétrer l’eau contre la peau. L’isolation est alors annulée: le cheval sera proie au froid.

Il existe également une autre barrière naturelle: la boue sèche. En effet, un cheval sale, couvert de boue sèche, gardera mieux la chaleur et sera mieux protégé du vent. Mais cette technique ne doit pas être laissée sur le long terme: il est indispensable de brosser régulièrement son cheval (lorsque celui-ci est sec) afin de retirer les excédents de saletés qui pourraient, sur le long terme, causer des blessures ou macérer avec l’humidité.

Quelles sont les solutions pour éviter ces compensations ?

Afin de permettre a cheval de s’adapter au mieux, la solution est de lui offrir des bonnes conditions de vie, qui comportent:

  • abris à disposition, au sec
  • un espace de vie de taille correcte afin d’éviter les piétinements et de marcher sur du sol dur sans s’enfoncer constamment dans la boue
  • permettre le mouvement libre
  • avoir des espaces à l’abri du vent
  • des congénères pour éviter le stress et mener à l’épanouissement
  • du foin et de l’eau à volonté à disposition permettant au cheval de se réguler et de se réchauffer à sa guise

Pour un cheval adulte en bonne santé, ces conditions sont primordiales et lui permettent de s’adapter correctement sans mener à des soucis de santé malgré les conditions. Il est important de ne pas sur-protéger le cheval instinctivement, mais d’agir uniquement lorsque c’est nécessaire, afin de ne pas créer de mal-être en pensant bien faire. Si malgré ces conditions votre cheval ne parvient pas à cesser les compensations, il est nécessaire d’agir en ciblant la cause et en adaptant les solutions.

Certains chevaux, notamment les chevaux âgés, amaigris ou plus sensibles aux conditions climatiques peuvent nécessiter des ajustements supplémentaires afin de traverser la période hivernale dans de bonnes conditions. Ces adaptations concernent principalement l‘alimentation, la gestion thermique et le confort général et doivent être pensées au cas par cas en fonction des besoins de l’individu.

Ces préconisations sont des généralités: tous les chevaux ne s’adaptent pas de la même manière même dans de bonnes conditions. La clé est donc de s’adapter en fonction de ce que votre cheval exprime.

Approche énergétique

Certaines approches énergétiques peuvent être un complément durable en plus des ajustements environnementaux et physiologiques.

Ces approches visent à soutenir les capacités naturelles d’adaptation du cheval, à favoriser l’équilibre général et à accompagner les périodes de transition, notamment en hiver.
En contribuant à une meilleure circulation et à une régulation plus harmonieuse, elle peut participer au maintien des défenses naturelles et limiter l’installation de déséquilibres susceptibles, à terme, de fragiliser l’organisme.
Elle ne substitue en aucun cas une prise en charge vétérinaire, mais s’inscrit comme un soutien complémentaire au bien-être global du cheval.


Une réponse à “Comment le cheval compense en hiver ?”

  1. […] dans la durée. Lorsqu’il est ponctuel et transitoire, il correspond le plus souvent à une compensation normale face à une condition donnée et fait partie du processus d’adaptation du cheval . En revanche, lorsque ces compensations […]

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